Étude
Dans les échanges résidentiels entre communes françaises couvertes par la base de l'Insee, les villes qui accueillent beaucoup de nouveaux habitants enregistrent plus souvent un solde estimé positif. Parmi 238 communes aux taux d'arrivées les plus élevés dans leur catégorie de taille, 158 comptent davantage d'arrivées que de départs estimés (66,4 %) ; 80 présentent l'inverse (33,6 %). Ce second chiffre ne signifie ni que 80 déficits sont statistiquement certains, ni que ces communes perdent des habitants au total : les arrivées depuis l'étranger sont exclues, faute de départs comparables, et les flux du recensement sont des estimations.
Fortes arrivées : deux tiers de soldes estimés positifs, un tiers de négatifs
La question n’est pas simplement de savoir combien de personnes arrivent dans une commune, mais aussi combien de personnes la quittent pour une autre commune. Nous avons donc mesuré séparément les arrivées (A), les départs (D) et leur différence S = A − D, puis comparé le taux d’arrivées pour 1 000 habitants de communes de tailles similaires.
| Population municipale | Communes étudiées | Dans le quart supérieur | Dont solde négatif estimé | Dont solde positif estimé |
|---|---|---|---|---|
| 10 000 à 19 999 | 533 | 134 | 31 (23,1 %) | 103 |
| 20 000 à 49 999 | 332 | 83 | 37 (44,6 %) | 46 |
| 50 000 à 99 999 | 83 | 21 | 12 (57,1 %) | 9 |
| Ensemble | 948 | 238 | 80 (33,6 %) | 158 (66,4 %) |
Insee, RP2023, migrations résidentielles et populations municipales ; calculs Mobilitee. Le quart supérieur est défini séparément par classe de taille (75e percentile du taux d’arrivées ; égalité admise). Les nombres de soldes positifs et négatifs sont ceux des estimations ponctuelles, pas des conclusions individuellement significatives.
Le résultat dominant est favorable aux soldes positifs lorsque les arrivées sont élevées : 33,6 % des communes du groupe supérieur présentent un solde estimé négatif, contre 62,8 % dans le reste de la cohorte. Cette association est descriptive. Elle est en partie mathématique, puisque les arrivées figurent à la fois dans le critère de sélection et dans le calcul du solde. Elle ne permet pas d’affirmer qu’une politique d’accueil, ou un volume d’arrivées, cause un bilan résidentiel positif.
Il existe pourtant une diversité réelle des situations : parmi les communes à fortes arrivées, les 80 déficitaires estimées ont surtout des taux de départs plus élevés que les autres (médiane d’environ 83 contre 66 départs pour 1 000 habitants). Un taux d’arrivées élevé ne suffit donc pas à décrire la circulation résidentielle.
La proportion de soldes négatifs augmente également avec la taille des communes : parmi toutes les communes étudiées, elle s’établit approximativement à 45 %, 67 % et 76 % dans les trois classes croissantes. Parmi les seules communes à fortes arrivées, les proportions sont 23 %, 45 % et 57 %. Ces écarts ne mesurent pas un effet causal de la taille des villes.
Comment lire l’incertitude de ces chiffres ?
Les 80 soldes négatifs sont un décompte reproductible des estimations publiées : leur signe n’est pas nécessairement établi individuellement. Une simulation indicative, reposant sur des coefficients généraux de précision de l’Insee appliqués séparément aux arrivées et aux départs, suggère que beaucoup de ces signes sont fragiles. Selon les hypothèses employées par le contre-audit, 32 sur 80 dépasseraient un seuil de deux erreurs-types approximatives ; ce n’est pas un intervalle de confiance officiel, notamment parce que la covariance entre arrivées et départs et les particularités de l’échantillonnage ne sont pas connues. Il serait donc incorrect d’en déduire que « 32 communes ont un déficit certain » ou que les 48 autres ont réellement un solde positif.
La différence 33,6 % contre 62,8 % se retrouve sous plusieurs variantes raisonnables des seuils et des filtres. Elle porte néanmoins sur les signes de soldes estimés, non sur une mesure officielle de la probabilité de déficit pour chaque commune.
Même classe de taille, bilans estimés opposés
| Commune | Population 2023 | Arrivées estimées | Départs estimés | Solde estimé | Arrivées / 1 000 |
|---|---|---|---|---|---|
| Rodez | 23 981 | 1 899 | 2 688 | −788 | 79,2 |
| Castelnau-le-Lez | 26 058 | 2 788 | 2 027 | +761 | 107,0 |
| Poitiers | 89 916 | 7 472 | 8 727 | −1 255 | 83,1 |
| Villeneuve-d’Ascq | 62 868 | 4 422 | 3 705 | +717 | 70,3 |
Effectifs estimés arrondis à l’unité ; soldes calculés avant arrondi. Les quatre communes appartiennent au quart supérieur du taux d’arrivées dans leur classe. Exemples sélectionnés après calcul par la rédaction parmi les cas d’au moins 500 arrivées et 500 départs et de solde supérieur à 10 pour 1 000 habitants en valeur absolue : ce ne sont ni les premiers candidats issus d’un classement automatique, ni un échantillon représentatif. Avec cette règle, Villeneuve-d’Ascq est l’unique exemple à solde positif de sa classe de 50 000–99 999 habitants.
Ces contrastes illustrent une observation, pas ses causes. Les données ne révèlent ni les motivations des personnes qui déménagent, ni l’influence du marché de l’emploi, du logement ou des politiques locales. On ne peut pas qualifier une ville de « plus agréable » sur la seule base de ces échanges.
Tarbes, Pau et Lourdes : trois repères à ne pas généraliser
Les trois communes ont été retenues comme repères éditoriaux parce qu’elles figurent dans la première enquête Mobilitee sur les logements vacants, et non parce qu’elles seraient représentatives de la cohorte.
| Commune | Arrivées estimées | Départs estimés | Solde estimé | Solde / 1 000 | Arrivées / 1 000 | Quart supérieur ? |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Tarbes | 3 151 | 4 200 | −1 049 | −23,6 | 71,0 | Oui (seuil 66,5) |
| Pau | 6 734 | 7 134 | −400 | −5,0 | 83,7 | Oui (seuil 65,9) |
| Lourdes | 663 | 616 | +47 | +3,5 | 50,0 | Non (seuil 68,9) |
Insee, RP2023 ; données estimées et arrondies. Quartiles calculés dans les classes de population respectives.
À Tarbes, le solde négatif estimé est nettement plus prononcé. À Pau, le taux d’arrivées est le plus élevé des 83 communes de 50 000 à 99 999 habitants, mais son solde de −400 est relativement faible au regard des flux : son signe n’est pas établi avec suffisamment de précision pour en tirer une conclusion catégorique. Le petit excédent estimé de Lourdes (+47) appelle la même réserve. Lourdes n’appartient pas au groupe à fortes arrivées.
Ces échanges n’indiquent pas si la population totale de ces trois villes a augmenté ou diminué pendant une période donnée. Ils ne démontrent aucun lien de cause à effet avec les chiffres du logement vacant présentés dans l’autre étude.
Pour les personnes qui envisagent de changer de ville
Une commune qui reçoit beaucoup de nouveaux habitants peut aussi enregistrer beaucoup de départs. Il est utile de regarder les deux valeurs, en tenant compte de la taille du territoire et de l’incertitude des chiffres. Mais un solde positif n’est ni un classement de qualité de vie ni une promesse de logements disponibles. Pour choisir une ville, il faut examiner séparément le logement, l’emploi, les transports, la santé et les services du quotidien.
Méthodologie de cette étude
Périmètre. Mobilitee a utilisé le fichier CSV complet Insee RP2023 des flux résidentiels et les populations municipales 2023, dans un référentiel de communes contrôlé par code Insee. Aucune commune nouvelle n’a été créée entre les deux géographies mobilisées ; les 948 codes figurent dans les deux fichiers. Les unités de comparaison sont les communes de métropole comptant de 10 000 à moins de 100 000 habitants (533, 332 et 83 communes par classe). Le groupe couvre 22 990 860 habitants, sur 66 165 815 en France métropolitaine en 2023. Les communes de moins de 10 000 habitants rassemblent, à elles seules, environ la moitié de la population métropolitaine. Cette analyse ne représente donc pas la France entière.
Ce que demande le recensement. Dans un seul questionnaire, les personnes recensées indiquent leur lieu de résidence actuel et le lieu où elles résidaient au 1er janvier de l’année précédente. Le millésime RP2023 agrège plusieurs collectes. Les déménagements intermédiaires ne sont pas retracés, et les personnes âgées de moins d’un an ne figurent pas dans cette mesure.
Champ des échanges. Les origines et destinations considérées couvrent les communes et unités géographiques diffusées dans les données, en métropole, Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion, ainsi que les arrondissements municipaux de Paris, Lyon et Marseille lorsqu’ils servent de contreparties. Les mouvements internes à une même commune sont exclus. Mayotte, les autres collectivités d’outre-mer et les résidences antérieures à l’étranger sont exclues du solde calculé, car les départs correspondants ne sont pas disponibles avec le même champ : pour la cohorte, les arrivées depuis Mayotte et ces collectivités non appariées représentent environ 4 300 personnes estimées. Leur inclusion ferait passer le nombre de soldes négatifs du quart supérieur de 80 à 79, sans bouleverser le constat. En revanche, ajouter unilatéralement les arrivées de l’étranger créerait un solde non comparable.
Formules. Arrivées (A) = estimations des personnes aujourd’hui dans la commune, résidant précédemment dans une autre commune couverte ; départs (D) = estimation des résidents précédents de la commune, désormais dans une autre commune couverte ; solde S = A − D. Le taux d’arrivées correspond à A / population municipale × 1 000. Les quartiles ont été calculés séparément dans chaque classe de taille sur les valeurs non arrondies. La règle « taux supérieur ou égal au 75e percentile » a été appliquée, y compris l’égalité de seuil pour Blanquefort. Tous les chiffres publiés sont arrondis après les calculs.
Traçabilité et contrôles. Le protocole méthodologique v0.1 définit le champ et la sélection ; une cohorte exploratoire distincte de 934 communes, calculée avec un autre dénominateur avant l’acquisition des populations municipales, est conservée dans les archives. La cohorte définitive utilise le dénominateur officiel et comporte 948 communes. Plusieurs calculs internes, puis un recomptage par Claude à partir des archives Insee, avec un code nouveau, ont retrouvé les principaux agrégats. Ces travaux utilisent des outils d’IA et ne constituent ni une certification de l’Insee, ni une validation par un expert statistique indépendant. Les variantes des seuils (70e et 80e percentiles), filtres de volume et exclusions autour des bornes ne changent pas le constat descriptif central.
Traçabilité éditoriale. Julien Ternac est le pseudonyme éditorial des analyses originales de Mobilitee. Les notes et classements du comparateur Mobilitee ne sont pas utilisés dans cette étude et n’ont pas été modifiés.
Sources
- Insee — Migrations résidentielles en 2023, base flux, RP2023, géographie au 1er janvier 2026.
- Insee — Téléchargement du fichier d’ensemble des populations en 2023, géographie 2025, en vigueur au 1er janvier 2026.
- Insee — Documentation des bases de flux migratoires.
- Insee — Code officiel géographique au 1er janvier 2026.
- Insee — Présentation du recensement de la population.
- Insee — Précision des résultats du recensement (fiche méthodologique) ; coefficients indicatifs, non utilisables ici comme intervalles officiels de confiance des soldes.
Limites de l’analyse
Les flux sont des estimations de sondage et non des comptes exhaustifs de déménagements ; l’Insee ne publie pas dans cette base d’intervalle de confiance propre à chaque solde calculé. Le chiffre 80 mesure donc des soldes estimés négatifs, pas 80 déficits attestés avec un seuil de confiance uniforme. L’approximation d’incertitude employée dans le contre-audit ne constitue pas non plus une certification statistique.
La corrélation et la comparaison 33,6 % / 62,8 % sont descriptives ; une partie est mécanique car le solde inclut les arrivées. Les données ne permettent pas de déduire l’évolution démographique totale d’une ville, le nombre de personnes ayant déménagé pendant la seule année civile 2023, le degré de satisfaction des habitants, ni les causes de ces échanges.